
Et ben on y est ; C’est Noël ma brave dame. Le Canard a commencé tôt ; il est déjà, à 14h01, au Ballantine’s glace. Non non non ; il n’ira pas courir aujourd’hui car à Noël ; Le Canard se saoule la tronche.
C’est aussi bien que de se la péter - à une lettre près, c’est festif... - en réunion de famille, bouffant des trucs conviviaux, et faisant le bonheur des marchands du temple. Les valeurs et les bonnes intentions s’arrêtent là où commence le formatage. Ce formatage mielleux et imbécile, cette propension à faire “comme tout le monde”, pour satisfaire les nains - qui, quand ils grandiront, n’en auront rien à foutre et ne se souviendront même pas de ces moments de convivialité synthétique et, plus grave, s’ils s’en souviennent comme des instants bénis, se retrouveront à dupliquer cette connerie sans nom avec leurs nains à eux et deviendront les moutons bêlant, à leur tour, au grand bonheur de ceux qui tankulent à longueur d’années, à longueur de siècles, à longueur de vies.
Décidément, les fêtes issues du Nazaréen ; Le Canard n’aime pas.
Même dans la famille d’idées et de valeurs du Canard ; celles et ceux qui ouvrent le plus leurs gueules, qui se vautrent dans la satisfaction d’avoir parlé ; qui jugent toujours, tout le temps et, bien sûr, à l’aune de leur vision à eux, se retrouvent à agir comme les autres béotiens. La vie est ainsi ; toujours l’ouvrir quand on ne comprend pas - ça fait chic et évolué - puis juger et, éventuellement, cogiter ensuite.
Ben Noël, pour Le Canard ; c’est ça. Le non sens absolu de l’intelligence de l’espèce : réussir à faire passer une sorte d’esprit transcendant de Noël, dont le personnage central fut créé par une marque de boissons pétillante caféinée. Ainsi, dans de nombreux foyer, un pauv’garçon va se déguiser en copie conforme du dessin d’Haddon Sundblom ; le publiciste de Coca-Cola qui inventa le Père Noël moderne. Rajoutez le sapin - conçu aussi par un publiciste - et les guirlandes et vous avez, en une soirée, le résultat de l’abrutissement le plus absolu puisque même une réunion familiale est formaté en fonction de croyances ou de mercantilisme.
Mais - Le Canard en est à son troisième verre - Noël, c’est aussi autre chose...
Ce sont les souvenirs. Ceux d’une grand-mère aimé et disparue qui passait sa semaine à chercher les mets à cuisiner pour ne faire plaisir qu’à vous puis qui, s’isolant, cuisinait, préparait, décorait rien que pour vous et pour celles et ceux qu’elle aimait.
Ce sont les heures précédant le réveillon. Où vous sentiez monter en vous ce plaisir de découvrir les cadeaux s'amonceler sous le sapin illuminé et décoré, qui projetait ses lumières partout dans le salon, donnant des formes magiques au plafond et aux murs.
Ce sont les regards, les conversations, les attitudes... Le repas de Noël ,n’est pas comme d’habitude ; c’est un instant, un moment à part. Quelques soient les problèmes, les peurs, les craintes ; ce jour là, on est dans une autre dimension.
A chacun ses propres souvenirs, son propre vécu, son Noël à soi. Cette impression de se poser dans un instant qui, se prolongeant, n’existe plus que dans un souvenir exacerbé. C’est l’idée d’un rassemblement, d’une cohésion qui n’existe que pour vous, car aussi ponctuelle que synthétique ; mais c’est la votre, celle dont vous rêvez, celle dont vous aimeriez qu’elle fut présente tout le temps.
C’est le paradoxe ; on est capable d’amour mais on se détruit, tout le temps ; Noël est la trêve des sentiments humains. Noël est une accumulation de souvenirs passés qui revivent chaque année.
Le Canard vous souhaite un joyeux réveillon, fait d’amour et d’espoir et précurseur d’une nouvelle année qui verra vos souhaits se réaliser.
Le Canard, lui, se ressert un quatrième whisky. C’est Noël... Merde.