Depuis que Le Canard pond sur le net, il s’est souvent marré, quelques fois mis en colère. Au gré des projets, des programmes, des lois, des déclarations ; il en a vu, lu, entendu, de toutes les couleurs depuis que le NanoPrésident et son troupeau sont arrivés aux commandes de notre pays.
Il a pu détecter le lancement de discussions pour cacher un délit, une connerie ; les grands projets inutiles développés pour masquer aux citoyens une réalité moins glorieuse ; des maquillages de chiffres afin de faire passer pour une réussite une catastrophe... Bref ; Le Canard se sera offusqué, marré, colérisé.
Mais là, Le Canard avoue qu’il ne trouve pas de mots pour vous écrire, Jolies Lectrices et Fiers Lecteurs, à quel point on patauge allègrement dans le n’importe quoi digne d’une république où, à défaut de réalisation, on lance ds idées sans savoir où elles vont réellement retomber.
Hier, nos fiers parlementaires causaient sur le projet de loi relatif à l’immigration. Et certaines discussions furent limites.
A l’origine de la discussion enflammée, au prétexte de régler les spécificité migratoires des régions ultramarines, un amendement déposé contre l’avis du gouvernement par le député UMP Dominique Tian qui proposait de modifier le code de la nationalité à Mayotte, bientôt 101e département français, en ces termes "Sur le territoire de Mayotte, est français automatiquement l’enfant lorsque ses deux parents y sont nés".
Une remise en question pure et simple du droit du sol puisque l’article 19-3 du Code civil dispose que "Est français l’enfant né en France lorsque l’un de ses parents au moins y est lui-même né". Cette exception faite aux Mahorais a enthousiasmé les indispensables Lionnel Luca et Christian Vanneste, et, devant le tollé, a amené le lumineux David Douillet à jouer le rusé renard en ces termes :
" Je comprends qu’il y ait des problèmes de droit du sol, de constitutionnalité. Ils sont en effet majeurs et, personnellement, j’y souscris (…) …mais peut-être pourrions-nous réfléchir à d’autres solutions un peu plus fines. De quoi s’agit-il ? De femmes qui arrivent sur le territoire français et que nous sommes obligés de les prendre en charge, car elles sont en situation de danger. Elles sont donc conduites à l’hôpital, où elles accouchent. En donnant simplement un statut extraterritorial à l’hôpital, le problème est réglé. Il suffit d’imaginer que tous les hôpitaux frontaliers deviennent extraterritoriaux, avec un vrai statut, pour permettre que l’immigration soit freinée, ou tout au moins contrôlée, et que les élus locaux puissent enfin gérer cette situation."
Il suffisait d’y penser : hors de France, c’est plus la France, déplaçons donc les frontières autour de l’hosto pour ne plus créer de Français de droit du sol à Mayotte.
Ambiance dans les rangs de l’opposition : "Vous n’êtes pas bien !" "Sortez des hôpitaux de Paris !" La proposition Douillet sur l’amendement Tian a eu un tel succès que Thierry Mariani a sifflé la fin de la récré : "Le message à l’attention des territoires et départements d’outre-mer serait calamiteux !" "Ajoutez à cela que le fait d’écrire « les deux parents y sont nés » ne manquera pas de générer des contentieux : quels sont les deux parents ? Je me souviens d’un député qui a essayé de proposer des tests ADN pour vérifier les liens de parenté, cela n’a pas très bien fini !" (ndlr : c’était Mariani lui-même).
La députée de Guyane Christiane Taubira a finalement dénoncé "votre hôpital extraterritorial" comme "un centre de rétention administrative à l’hôpital… Merci pour l’innovation !" Avant de trouver "assez savoureux de voir aujourd’hui MM. Myard et Mariani plus tempérés et modérés que M. Tian. Nous n’en sommes pas à une surprise près dans cet hémicycle… Comme quoi il ne faut jamais désespérer de rien !"
L’amendement de Dominique Tian a finalement été rejeté par 109 voix contre 14.
Voilà, encore une info qui passera rapidement à la trappe, dont personne - ni Le Canard d’ailleurs - se souviendra dans quelques jours. Pourtant, il est important de savoir que certains députés font aujourd’hui un joli boulot de préparation mental pour le retour du FN à l’Assemblée nationale ; corrompre dès maintenant les esprits n’est pas si con, en fait ; ça nous permet d’avoir quelques caresses avant la sodomie à venir...