L’ex-ministre du Budget, Éric Woerth, ne pouvait rien ignorer, malgré ses dénégations, des tambouilles entre le photographe François-Marie Banier et la richissime propriétaire de L’Oréal.
Durant l’hiver 2008, les Allemands fournissaient à Bercy une liste de cinq cents Français « touristes fiscaux » au Liechtenstein. Parmi eux, comme Bakchich devait le révéler le 15 mars 2008, figuraient David Douillet et François-Marie Banier. Le premier, qui déposa plainte contre notre site, fut condamné à nous verser 3 000 euros (ce qu’il n’a toujours pas fait). Le second se fit plus discret.
En effet, le ministère des Finances décida, début 2008, d’éplucher les comptes de deux cents de ces contribuables suspects, dont ceux de François-Marie Banier.
L’ensemble de son dossier fut donc transféré de la perception du VIe arrondissement, où réside le photographe, à la Direction nationale des vérifications des situations fiscales (DNVSF). Sous ce sigle, se cachent les plus fins limiers du fisc, connus pour passer au scalpel les fortunes des particuliers.
Un vérificateur, D.C., réceptionna le dossier de Banier. Lequel dossier n’a toujours pas réintégré, deux ans après, les armoires des contrôleurs du VIe arrondissement. Un enterrement fiscal est si vite arrivé.
Eclairage
Passionnante est la lecture, sous cet éclairage, de certains échanges entre Liliane Bettencourt et ses conseillers, publiés par nos excellents confrères de Mediapart.
Qu’y apprend-on ? Le 7 avril 2009, Patrice de Maistre, « l’expert » ès évasion, explique à la milliardaire : « Banier vous a fait mettre l’île d’Arros dans une fondation pour lui (…) Banier vous a pris 20 millions pour les mettre dans une nouvelle fondation », apparemment au Liechtenstein.
Plus tard, le 23 octobre 2009, le même Patrice de Maistre expliquait à la milliardaire : « Il serait bien que vous récupériez officiellement votre île d’Arros. Vous savez que cela appartient au Liechtenstein. »
Autant de tractations illégales, passibles du délit de blanchiment, d’après un arrêt de la Cour de cassation de février 2008, que le fisc connaît fatalement, après deux ans d’enquêtes sous l’autorité d’Éric Woerth.
Un peu gênant, alors que l’épouse du ministre a conseillé la milliardaire pour la gestion de son patrimoine. Tout récemment, Nicolas Sarkozy a convoqué son ministre. Le chef de l’État, paraît-il, est sorti fort inquiet de cet entretien. On le serait à moins !
Interrogée vendredi sur France Inter, la ministre de l’Economie Christine Lagarde a affirmé qu’elle serait "très étonnée" que Liliane Bettencourt ne fasse pas l’objet de contrôles fiscaux réguliers.
"Je serais très étonnée qu’un gros contribuable de ce type ne soit pas contrôlé de manière extrêmement régulière, comme c’est le cas pour tous les très gros patrimoines", a répondu la ministre. "Il y a en général des enquêtes tous les trois ou quatre ans, ce qui correspond à la prescription fiscale". "Je serais étonnée qu’il n’y en ait pas à cette régularité-là sur un contribuable comme cette personne".