Rue 89 met en ligne aujourd’hui un document qui va faire parler. On y apprend qu’il y a six ans, le Centre d'analyse et de prévision (CAP) du ministère des Affaires étrangères rédigeait une note qui annonçait largement les événements actuels dans le monde arabe. Ce document de deux pages, daté du 24 février 2005, a été rédigé par le chercheur Olivier Roy. Il nous indique que le directeur du CAP à l'époque, Pierre Lévy, l'a approuvé avant de le transmettre à sa hiérarchie. Mais ni le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier, ni l'Elysée de Chirac n'en ont tenu compte.
Rien que le titre de ce document est une preuve à charge que nos diplomates n’ont pas les mêmes oeillères que ceux qui les nomment ; “La démocratisation du Moyen-Orient est incontournable, malgré la montée des islamistes.”, et que leur papier publié par Le Monde cette semaine était, en fait, loin du compte.
Vous trouverez ce document en téléchargement ICI
Les trois premiers items sont d’une clairvoyance incroyable, même plus de cinq après leur rédaction :
“Les réticences affichées en France devant la politique de
démocratisation du Moyen Orient soutenue par Washington au moment de l’intervention militaire en Irak sont de trois ordres :
1) Les régimes autoritaires laïques paraissent le meilleur rempart devant la menace islamique et des élections prématurées entraîneraient une victoire islamiste.
2) le principe de souveraineté interdit de remettre en cause les régimes : il faut plutôt les encourager à se réformer et mieux respecter les droits de l’homme, en attendant qu’une sécularisation autoritaire ait produit ses effets et que les sociétés soient mûres pour la démocratie.
3) la politique américaine de démocratisation masque en fait une volonté de puissance et ne rencontre qu’hostilité dans l’opinion publique du Moyen Orient.”
Olivier Roy continue son analyse en annonçant sa crainte que “nous risquons de nous trouver en décalage par rapport à l’évolution de la situation.” et de prévoir que “Les élections ne conduisent pas à un triomphe de l’islamisme radical mais poussent au contraire les mouvements islamistes au compromis sur la question de l’alternance et de la démocratie. Le concept d’ « Etat islamique » n’est plus à l’ordre du jour”
Tout y est ; les peuples Arabes souhaitent une démocratie, sont prêt à faire bouger les choses, ne veulent pas d’Etat Islamiste et attendent une aide des occidentaux. En fait, il ne manquait plus que la détermination des politiques qui, depuis cinq ans, étaient informés d’une situation de changement et n’en ont pas tenu compte.