Pour justifier son expression "bon Français", Éric Besson a fait "quelques recherches" historiques… Mais il a omis la principale.
Pauvre Éric Besson. Depuis qu’il a indiqué la semaine dernière au Parisien qu’il serait « heureux » que son ministère devienne « une machine à fabriquer de bons Français », l’ancien socialiste s’attire la foudre de malfaisants ayant lu là des propos récurrents chez l’extrême-droite.
C’est quoi un "bon Français" ? « C’est quelqu’un qui respecte les valeurs de la République », a défini notre bon ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale chez Jean-Jacques Bourdin (RMC) vendredi dernier. « Certains ont suggéré que les termes "bon Français" auraient une connotation péjorative », s’est-il plaint. « Il se trouve que j’ai fait quelques recherches et je me suis aperçu que celui qui a le plus utilisé ce terme au lendemain de la Seconde guerre mondiale, c’est le Général de Gaulle », certifie Besson qui « persiste et signe ».
Qu’on se rassure, donc : un "bon Français", à l’époque de la guerre, était un résistant ; les recherches du ministre le prouvent. Qu’importe si un nouveau point Godwin (« plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1 ») est encore inscrit par un membre du gouvernement, la référence historique ne peut souffrir de la moindre contestation.
Les « quelques recherches » d’Éric Besson n’ont pas dû le porter vers les archives télévisées. Lorsqu’on écrit les termes exacts "bons français" sur le site de l’INA, pas de Général à l’horizon. Non, les deux occurrences trouvées sont un débat de 1989 avec Le Pen : "Immigration : un danger pour la France ?" et surtout un document tiré de la télévision de Vichy. L’expression reprise gaiement par Besson, qui s’étonne qu’elle puisse être perçue comme « choquante », est définie dans l’appel du… maréchal Pétain, le 17 juin 1940.
Mémoire courte
Ici, « le bon Français », c’est le bon collabo. « L’épreuve est dure », pleurnichait le chef de l’État français de l’époque, « beaucoup de bons Français, et parmi eux les paysans et les ouvriers, l’accepte avec noblesse. Ils m’aident aujourd’hui à supporter ma lourde tâche. »
Pétain cherche à convaincre les hommes qui doutent du régime de Vichy pour en faire de "bons Français" (ceux « qui respectent scrupuleusement l’équilibre des droits et des devoirs et les valeurs de la République », pour reprendre la douce définition de Besson) : « Ressaisissez vous, chassez vos alarmes, venez avec moi avec confiance. Tous unis, nous sortirons de la nuit où nous a plongés l’affreuse aventure. »
En attendant, de "mauvais Français" continuent la résistance et la machine à fabriquer de "bons Français" connaît des ratés. : « La France se relève, mais bon nombre de Français se refusent à le reconnaître. Croient-ils vraiment que leur sort est plus tragique qu’il y a un an ? » « Français, vous avez vraiment la mémoire courte… », conclut le sbire d’Hitler. La mémoire joue parfois d’affreux tours. Et Besson aurait sans doute évité sa dernière ânerie s’il avait effectué auparavant ses « quelques recherches ».