A force de se poser des questions connes, ben on a des réponses connes. Ainsi on apprend que la corrida rejoint les différents chants, costumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, petits métiers, témoignages, captation de techniques et de savoir faire, documents écrits et d'archives qui compose déjà le patrimoine immatériel français.
Particulièrement remontés contre cette décision « prise dans la plus grande opacité », les Jeunes Ecologistes rappellent que la corrida n’a été introduite en France qu’il y a seulement 160 ans, et qu’ « on ne peut donc pas parler de tradition historique ». Si les origines de la tauromachie à cheval sont espagnoles, identifiées dès le 9e siècle, la course de taureaux et l’art qui y est associé semble plus récent en France, sans doute à partir du 15 ou 16e siècle et surtout à partir du 18e siècle dans une forme plus proche de celle pratiquée encore aujourd’hui.
Les Jeunes Ecologistes soulignent que certains pays étrangers où la tradition était bien plus ancrée ont récemment évolué sur le sujet, comme en Catalogne par exemple, où la corrida, fortement associée au passé franquiste et réactionnaire, a été abolie en 2010. Sans être véritablement en recul en France ou en Espagne, la tauromachie est au cœur de débats parfois vifs en France, mais aussi en Espagne ou au Mexique.
En France, la tauromachie n’est pas explicitement autorisée mais pas totalement interdite non plus. La corrida est tolérée par dérogation dans les villes du Grand Sud, à la tradition tauromachique reconnue comme par exemple Nîmes, capitale française de l’art taurin, mais aussi Arles ou Bayonne. Critiquée pour sa barbarie et sa cruauté par beaucoup d’associations, la corrida a reculé dans certaines villes. Les maires de Fréjus et de Montpellier, villes à la culture taurine peu affirmée, ont ainsi récemment décidé de les interdire.
Ces arguments n’ayant pas été entendus, ou, tout du moins n’ayant pas été validés, Le Canard a le plaisir de proposer au NanoPrésident le combat de gladiateurs. Sachant que le plus ancien combat de gladiateurs mentionné dans les textes se déroule en - 264 av. J.-C., sur le Forum Boarium (le marché aux bœufs) ; ça nous rajeuni pas. Cette tradition est restée française à peu près autant de temps que la corrida ; l’une importée de Rome, l’autre d’Espagne. Les combats de gladiateurs offrent les mêmes frissons pour un même public avide de sensations fortes sans, eux-mêmes, se mettre en danger mais avec un énorme avantage : a défaut, pour la corrida, de pouvoir demander au taureau s’il est d’accord pour aller faire le clown et le payer de sa vie ; on peut faire signer aux gladiateurs un contrat et, dans les cas les plus extrêmes, une décharge de responsabilité.
Alors, pour éviter que ne se perdent des traditions sanglantes dont le passé nous a ravis, on pourrait remonter les écuries de gladiateurs. On verrait surgir, ça et là, l’équivalent des casernes impériales installées dans les provinces qui entraînaient ces gladiateurs et qui seraient rejoints, peu à peu, par l’ouverture de Ludi privés, permettant aux investisseurs de se payer des écoles privées. Ainsi, bon nombre de jeunes en mal d’études pourraient être formés et trouver du boulot : que du bénef !
Et puis, c’est vachement festif, les combats de gladiateurs... Même pour eux puisque la veille du combat, un banquet est offert aux gladiateurs (cena libera). Les spectateurs peuvent participer à ce banquet, et voir la valeur des combattants tout en se saoulant la tronche dans l’espoir d’un affrontement sanglant... Que du bonheur quoi. Et puis, les règles sont vachement plus simple à comprendre que celles de la corrida : on a Mitte (« laisse-le »), Jugula (« égorge-le ») ou stante missi (« match nul »). Puis, après plusieurs victoires, le gladiateur pourra obtenir un sabre de bois, le rudius, signe de libération et prendre sa retraite.
Non, vraiment ; on se demande pourquoi on se fait chier en l’ouvrant contre la corrida, alors qu’il serait préférable d’être optimiste et, au contraire, de concevoir de nouvelles attractions publiques au lieu d’en supprimer... Et puis, cogitons deux secondes ; c’est quand même vachement plus sexy de regarder des beaux mecs et de belles nanas en plastrons de cuirs s’affronter dans l’arène que de se lover au soleil tel des lézards affables en zieutant un mec habillé de chaussettes roses et en moule bitte se taper une bestiole droguée comme un toxico un jour de rentrée de pognon tout en tentant d’en faire des tapas.
C’est pourquoi Le Canard vous demande, Jolies Lectrices et Fiers Lecteurs, de l’appuyer dans sa demande que les combats de gladiateurs soient reconnus au patrimoine immatériel français.