Le magistrat instructeur aurait pris Ingrid Betancourt, la Franco-colombienne retenue par les Farc et reçue à l'Élysée... pour Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal. Et l'avocat de Sarkozy sous-entendant que le petit juge était assez stupide et ignorant pour commettre une telle erreur.
Il s'agit là, on le sait désormais, d'une déclaration au moins imprudente sinon mensongère. En effet, l'institution judiciaire n'a pas laissé passé, rétabli la vérité et, du même coup, remis à sa place le justiciable Sarkozy.
Les juges d'instruction mis en cause dans l'affaire Bettencourt ont demandé et obtenu du parquet la publication d'un communiqué dont voici les termes : "Contrairement à ce qui a pu être publié ce jour dans divers organes de presse à propos d'une confusion entre Mme Ingrid Betancourt et Mme Liliane Bettencourt, la convocation de M. Nicolas Sarkozy ne mentionnait pas un rendez-vous relatif à Mme Ingrid Betancourt, figurant dans son agenda à la date du 5 juin 2007 au palais de l'Élysée, et il n'a pas été interrogé sur ce point". Signé le procureur de la République Claude Laplaud.
Il s'agit là d'une réaction exceptionnelle de la part de magistrats habitués à laisser dire mais qui ne supportent plus les accusations d'un justiciable qui les a maltraités pendant cinq ans quand il était au pouvoir.
Comme on lui demande si le placement sous le statut de témoin assisté de son client à l'issue de l'audience de la veille signifie qu'il ne peut plus être mis en examen, Me Herzog a répondu : "Naturellement, c'est le Code de procédure pénale qui le prévoit".
Éric de Montgolfier, ancien procureur de Nice, actuellement procureur général de la cour d'appel de Bourges, décryptait hier pour Le Point la signification du statut de témoin assisté.
"Littéralement, être témoin assisté donne plus de droits qu'être mis en examen. On a la possibilité d'être assisté par un avocat et de demander des vérifications différentes de celles décidées par le juge", explique le procureur général. "Contrairement à une mise en examen, elle ne conduit pas à une décision en fin de procédure.
Pour autant, s'il y a audition avec ce statut de témoin assisté, ça ne veut pas dire que Nicolas Sarkozy est totalement innocent", précise-t-il. Quand on lui demande pourquoi son avocat le prétend, il indique que "c'est normal, c'est de la communication".
Et la définition semble donner raison à Eric de Montgolfier : “Personne visée par une plainte, mise en cause ou poursuivie par le Parquet contre laquelle il existe de simples indices (insuffisants pour la mise en examen) qui rendent vraisemblable qu'elle a commis un crime ou un délit.
Son avocat a accès au dossier de la procédure. Entendu par le juge d'instruction, le témoin assisté peut demander à être confronté avec la ou les personnes qui le mettent en cause. Si le juge estime que ce dernier doit être placé sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire, être renvoyé devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises pour y être jugé, il procède alors à sa mise en examen.”
Sarkozy a bien choisi son avocat : il ment comme lui...