L'armée israélienne a annoncé samedi qu'elle avait demandé au MV Rachel Corrie, un cargo irlandais chargé d'aide humanitaire pour les Palestiniens, de se diriger vers le port israélien d'Ashdod, mais que celui-ci a refusé d'obtempérer et poursuit sa route vers Gaza. Des forces israéliennes sont à proximité du navire et pourraient intervenir pour l'empêcher de briser le blocus de Gaza.
L'équipage du navire irlandais a annoncé par avance qu'il n'avait pas l'intention d'opposer une résistance violente en cas d'intervention militaire israélienne, mais qu'il continuerait à faire route vers la bande de Gaza, soumise par l'armée israélienne à un blocus aussi bien naval que terrestre..
Après le tollé mondial et la condamnation du Conseil de sécurité de l'ONU, provoqué par son intervention dans la nuit de dimanche à lundi, faisant neuf morts -huit Turcs et un Américain- et des dizaines de blessés, Israël ne peut répéter le même scénario.
D'autant qu'il s'agit cette fois d'un cargo battant pavillon d'un Etat membre de l'Union européenne, dont le Premier ministre a mis en garde Israël contre l'usage de la violence sur un équipage animé par des intentions non violentes. Et, de surcroit, les Etats-Unis ont durci le ton vendredi, estimant que le blocus de Gaza était devenu « intenable ».
A l'opposé, malgré le début de débat qui se déroule en Israël même sur la validité du blocus de Gaza, l'Etat hébreu ne veut pas permettre qu'une initiative de ce genre défie son autorité et son armée.
Ce n'est pas l'humeur du moment en Israël, ni celle du gouvernement actuel dont le centre de gravité est très à droite.
La double peine des Gazaouis sous blocus
Vendredi, Le Monde nous apprenait que le réseau de salles Utopia, qui a des salles à Avignon, Bordeaux, Montpellier ou Toulouse, a décidé de déprogrammer un film israélien, « A cinq heures de Paris », comédie dramatique sans contenu politique, qui devait sortir le 25 juin, et de programmer à la place « Rachel », le film de Simone Bitton. Etrange destin.
Rachel Corrie était assurément une idéaliste, à croire qu'elle et ses amis pouvaient changer le cours de l'histoire en se transformant en « boucliers humains » face aux bulldozers.
Elle en est morte, mais il est fascinant de voir que son souvenir ressurgit sept ans plus tard sous la forme d'un bateau destiné aux mêmes habitants de la bande de Gaza qui subissent la double peine de l'enfermement politique et des conséquences du blocus.