C’est vrai que, pour Le Canard, un mec comme ça est pompant. Auto rabâché “fils d’immigrés”, il ne rate pas une occasion de le rappeler, donnant ainsi la vision que son cas est tellement particulier, qu’il vaut bien de le matraquer. D’autre part, son aparté où il sous-entend à son directeur de communication qu’il est bon de montrer plus de “blancs”, de “whites”, de “blancos” devant les caméras de télévision venues le filmer dans sa ville est, même en admettant un léger filet d’humour qui aurait pu s’y glisser, une connerie digne d’un Gnou payant une cotisation à l’UMP, voir à la blonde qui voit de l’occupation partout.
Ouais ; Manuel Valls est pompant.
Par contre, ce que Le Canard ignorait, c’est qu’il pompe plus large désormais. Ainsi, Libé, dans son édition d’aujourd’hui, nous apprends deux infos assez cocasses et qui ressemblent, à s’y méprendre, aux conneries UMPistes du type “les Allemands ont le bouclier fiscal dans leur constitution”. Valls a pompé, et fort mal.
Souvenons nous du tollé qu’il nous a foutu à gôche lors de son envolée sur les 35 heures :
«Tout est lié. Il faut savoir que 64% des Français n’ont pas été augmentés depuis deux ans, 40% ne l’ont pas été depuis cinq ans. Mais le chiffre le plus terrible qui montre qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans notre société, c’est la démonstration des inégalités : c’est que 80% des augmentations de salaire depuis dix ans ont été captées par les 1% de salariés les plus riches. Ce sentiment d’inégalité est insupportable. Quand on est de gauche, on s’indigne des inégalités comme celles que je viens d’évoquer.»
A première vue ; c’est posé, c’est argumenté et c’est chiffré. Sauf que, quand Libé contacte Valls afin de connaître ses sources, ce dernier parle d’une “note” qu’il enverra au journaliste. Cette note se perdra sans doute dans les limbes des transferts de mails. Ce qui ne s’est pas paumé, par contre, c’est l’interview de Jacques Attali, donnée le 24 novembre dernier à l’Expansion d’où ces chiffres et ces analyses sont tirés. Mieux encore, Valls a recopié, “à la virgule prêt” nous dit Libé, cette interview sur son blog.
Intrigué par cette avalanche de découvertes, le journaliste de Libé contacte alors Jacques Attali, qui confirme que les chiffres qu’il cite dans l’interview sont justes et issus du travail d’Emmanuel Saez - économiste Français - mais qu’ils portent sur les Etats-Unis ! Et que les “80% des augmentations de salaire depuis dix ans” ne portent pas sur les salaires, mais sur les revenus globaux, ce qui donne une lecture totalement différente de l’analyse que l’on peut en faire.
En fouillant un peu dans les différentes études réalisées ces dernières années, on peut affirmer sans grand soucis que, entre 2004 et 2007, 33% de la croissance de l’ensemble des revenus déclarés a profité aux 10% de Français les plus riches. Pour les revenus d’activité, c’est 25% de leur croissance qui a bénéficié aux 10% des plus riches. Valls est complètement à côté de la plaque, si on applique son analyse aux chiffres Français et si on oublie les stats Américaines.
A moins de penser que les 35h en France ont influencé l’économie des USA. Ce qui pourrait être l’un des nouveaux challenges de Manuel Valls.