Quand on entend certains raisonnements, on a l’impression de ne pas vivre la même primaire. François Hollande s’est déterminé le premier dans son choix de se présenter. Il a fait une campagne parfaite ; sans tacle - ne répondant que relativement sereinement à ceux de ses collègues - avec forces de propositions et sans surenchérir pour gauler de la voix fraîche. Et c’est cela qu’attendent les électeurs de gauche ; éviter un copier/coller de la campagne du NanoPrésident, où tout était bon pour se faire élire, même de promettre dans tous les sens, sur tous les sujets, avec le résultat que l’on connaît ; que dalle.
Et puis, le rassemblement. Un candidat ne peut partir seul aux présidentielles. Il doit être suivi par son parti - souvenons-nous de 2007, où la grande erreur de Ségolène fut de concevoir une nouvelle équipe, sans tenir compte des cadres sup’ qui, élus eux-mêmes, représentaient un large panel d’électorat local - mais il doit être aussi en capacité de rassembler bien au-delà ; une élection, pour un candidat Socialiste, ne se gagne pas avec les seuls membres du parti Socialiste. Et là, ce fut l’erreur de Lionel Jospin qui, alors que le PRG et Christiane Taubira lui demandaient avec insistance les conditions d’un rassemblement au premier tour, répondit que ce rassemblement devait être fait, mais seulement au second.
François Hollande vient de rassembler l’ensemble des autres candidats à ces primaires socialistes et citoyennes, prouvant cette capacité. Arnaud Montebourg vient de donner son choix personnel ; "A titre exclusivement personnel, je voterai donc pour François Hollande arrivé en tête du premier tour, à mes yeux meilleur rassembleur", a t’il déclaré, qui a réuni 17% des voix dimanche dernier, ajoutan t: "Chacun de mes amis fera son choix en conscience, et je le respecterai".
D’ailleurs, plus les débats se déroulaient, plus on voyait l’homme devenir, paradoxalement, plus serein ; détendu et souriant, sûr de son programme et répondant avec humour à certains tacles plutôt hard, sans renchérir le lendemain à la radio, ce que certains ne se sont pas gênés de faire ; quand on arrive à cette sûreté, à cette sérénité ; on est prêt à affronter une campagne, qui sera plein plus sanglante que ces primaires et où il faudra aussi séduire, entre deux coups de boules.
Le Kiosque aux canards soutien François Hollande depuis le début. Non seulement pour l’ensemble des raisons qu’il a développé dans tous ses billets d’humeur, mais parce que Le Canard aime voir un homme, honnis par tous, déclaré perdu, promis à une mort politique certaine ou à un placard local, non seulement remonter la pente, mais passer devant des concurrents plus jeunes, devant celle qui l’a vaincu en 2007, et arriver à dépasser la nouvelle première secrétaire.
Quand on a ces couilles là, quand on fait mentir toutes les prévisions, quand on arrive à quelques points d’une élection interne au premier tour ; on est prêt. On est paré à affronter les UMPistes qui affûtent les armes d’une campagne qui sera à l’aune de tous les coups bas que ces gens sont capables de donner ; et on est prêt à renvoyer la Marine et son troupeau dans la mer, à coups d’arguments bien pesés, et avec un petit sourire en prime.
François Hollande, qui partit le premier, arrivera le premier.