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Le Kiosque aux Canards
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L’affaire Karachi : Hortefeux gaulé comme un mauvais dealer

L’affaire Karachi : Hortefeux gaulé comme un mauvais dealer

 

 

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C’est comme dans la plupart des affaires de drogue : quand on en a chopé un, on le lâche un peu dans la nature, on ne le met pas en examen tout de suite, mais on le met sous écoute, pour ramasser plus large ensuite. C’est exactement le procédé qu’ont employé les enquêteurs dans l’affaire Karachi ; ils ont laissé Thierry Gaubert libre, en attendant que ça morde. Et ça a mordu.

 

 

Alors que l’épouse de ce dernier, Hélène de Yougoslavie, était interrogée par les policiers le 8 septembre dernier ; elle détaille les voyages en Suisse en 1995 de son mari, proche du NanoPrésident, et les espèces qu’il remettait ensuite à Nicolas Bazire, le directeur de la campagne d’Edouard Balladur. C’est 6 jours après cette audition que Brice Hortefeux contacte Nicolas Bazire pour lui faire part de son inquiétude concernant les déclarations de son épouse aux enquêteurs : "Elle balance beaucoup apparemment Hélène". "Qu'est-ce que tu as comme infos là-dessus, toi, parce qu'elle me dit qu'elle dit rien", répond M. Gaubert. "Ça m'embête de te le dire par téléphone […]. Il y a beaucoup de choses, hein", continue l'ex-ministre de l'intérieur qui développe "Je te raconterai, poursuit-il, mais ils ont énormément de choses […]. T'as eu Bazire, parce que visiblement, il est lui dedans, dans cette histoire."

 

 

 

Plus complexe encore, les écoutes interceptées du téléphone portable de la fille de Thierry Gaubert qui déclarait, le 19 juillet, à son petit ami "Si Sarko il passe pas en 2012, ils sont tous dans la merde…". Panique à bord pour les amis du NanoPrésident dans une affaire qui va bien au delà d’un simple financement de campagne électorale, puisque des Français sont morts, à Karachi, à cause, selon Maître Morice, l’avocat des familles des victimes, des magouilles de la campagne Balladur de 1995 et, plus largement, de la guerre politique déclenchée alors entre ce dernier et Jacques Chirac.

 

 

 

Et la fille de Thierry Gaubert confirme : Thierry Gaubert semblait déjà craindre que son épouse ne parle trop et «ne craque» devant le juge. Nastasia s'explique ainsi à son ami : «Donc voilà. Il a dit à ma mère : si tu craques euh..., toute la famille saute, on saute tous (...) Il lui a dit euh... vraiment, on est dans la merde». Et de poursuivre  : «Et euh... personne pour l'aider parce que euh... Copé est trop dans la merde. Hortefeux est trop dans la merde. Et si euh... Sarko ne... ne passe pas au deuxième tour, euh... lui aussi est dans la merde et personne ne l'aide. Il a dit... Mon père, il a dit à ma mère : personne m'aidera. Parce que tout le monde est dans la merde (...). Sarko, il veut même pas l'aider. Enfin là, ça va encore, mais si Sarko il passe pas en 2012 euh..., vraiment, ils sont tous dans la merde».  

 

 

 

L’affaire Karachi débute en 1992, lorsque le ministère de la défense fait le forcing pour vendre des sous-marins français au Pakistan, en passant sous le nez des Allemands grâce au versement d’argent aux responsables Pakistanais du marché. Ce qui est, à l’époque, légal puisque Chrrac interdira les commissions sur les ventes d’armement qu’en 2000. En 1994, le directeur de cabinet de François Léotard, ministre de la Défense ; Renaud Donnedieu de Vabres, impose à la DCN une nouvelle entreprise qui aura pour tâche le suivi du marché ; Mercor, représentée par Ziad Takkiedine et Abdul Rahman el-Assir, qui continueront de verser des commissions aux Pakistan en échange de 4% du montant global du contrat, dès que celui-ci aura été réglé.

 

 

 

Alors que Jacques Chirac est élu en 1995, il charge le nouveau ministre de la défense, Charles Millon, de lister les contrats bénéficiant de ce type de commissionnement. C’est le ministre qui demandera à Alain Juppé, alors premier ministre, d’autoriser la DGSE à placer sur écoute l’ancienne équipe du ministère de la défense. Une année plus tard, le président de la république donne l’ordre de stopper les commissions versées à Mercor. 

 

 

 

C’est le 8 mai 200 que le bus des 11 français employés par la DCN saute, faisant 14 victimes, dont les français. 

 

 

 

Auditionné par Van Ruymbeke jeudi 18 novembre, Michel Mazens, ancien PDG de la Sofresa, la société chargée de négocier les contrats d'armement au nom de l'Etat, a affirmé que Jacques Chirac et Dominique de Villepin seraient à l'origine de la coupure des versements de commissions au Pakistan. Surtout, selon lui, les deux hommes politiques avaient été informés des risques que représentait, pour le personnel de la DCNI sur place, l'arrêt de ces versements. Deux filles de victimes de l'attentat de Karachi veulent porter plainte contre eux pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d'autrui.  

 

 

 

Nicolas Sarkozy, était un des tout proches d'Edouard Balladur. Il est ministre du Budget quand le contrat d'armement est signé. D'autre part parce que, selon Mediapart, une enquête luxembourgeoise a découvert que Nicolas Sarkozy avait autorisé la création d'une société offshore baptisée Heine. C'est par celle-ci qu'aurait transité les commissions et rétro-commissions entre l'Etat français et Mercor.  

 

 

Ainsi, les UMPistes au pouvoir s’affolent tels des dealers dont l’un des leurs aurait été mis sur écoute et ferait tomber la bande. Il serait bien dangereux pour eux de tenter de camoufler cette affaire ; n’oublions pas que le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, réputé proche du pouvoir, a jugé ces faits prescrits. Renaud van Ruymbeke est passé outre et le parquet de Paris a fait appel le 7 octobre. C’est sans doute pour tenter de contourner cette tentative de camouflage de l’affaire que ces écoutes, et leurs contenus, sont aujourd’hui publiques.

 

 

Comme le disait la fille de Thierry Gaubert "Si Sarko il passe pas en 2012, ils sont tous dans la merde…"