Ce fut la cacophonie avant le dernier remaniement. Ce fut la cacophonie pendant le dernier remaniement. Ce fut la cacophonie durant la campagne des cantonales. C’est la cacophonie entre les deux tours. L’UMP se fissure, des brèches s’ouvrent un peu partout, le positionnement de ses candidats tourne telle une girouette affolée par une brise japonaise - pour les connaisseurs de la politique Japonaise ; un vent du sud et du nord - et risque l’irradiation.
La campagne déversa son flot de déchets. Encadré par l’annonce d’un débat sur l’Islam, les débordements furent légions, passant de déclarations aussi choquantes sur la forme que fausses sur le fond. On parla de bateaux, de minarets, de Burqa. On stigmatisa encore et toujours une population dans son ensemble ; comme si ne serait-ce qu’un seul de ses représentants nous empêchait de boire notre café le matin, ou nous piquait notre baguette du soir. Comme si des hordes grises nous guettaient à l’orée de chaque quartier.
On ne gonfle, d’ailleurs, même plus les chiffres ; on n’argumente même plus ; juste rebondir sur deux ou trois infos, les faisant passer pour la règle, trois phrases punchy pour la forme et vas-y que j’t’embrouille. “Préférence nationale” ; “Identité” ; “flux d’immigrés” ; “traditions chrétiennes”... Mais rien, que dalle, nada sur le pouvoir d’achat, sur l’emploi, sur le chômage, sur les profits cacarantesques, sur l’éducation, sur les transports. Bref ; que dalle sur ce qui fait notre quotidien. Et puis en fait ; pourquoi s’en préoccuper ? Quand 15 % de l’électorat vote pour un FN qui propose des solutions ubuesques - sortir de l’euro, fermer les frontières,... - qui non seulement ne règlent rien mais en plus obligerons les Français à se serrer encore plus la ceinture pour les mettre en place, pourquoi donc nos politiques se prendraient la tête pour nous développer la réalité d’un terrain dont personne ne veut entendre parler ?
Alors voilà ; on préfère se palucher sur notre “identité”. Et, quand certains UMPistes relèvent la tête et se souviennent de quel Gaullisme est issu leur mouvement ; ils s’en prennent plein la tronche... En plus de devenir de la racaille xénophobe, certain(e)s réfutent à présent leurs valeurs. Ainsi plusieurs députés UMP ont dénoncé mardi l'appel de François Fillon à «voter contre le FN» au second tour des cantonales, en déplorant une divergence «catastrophique» à la tête de l'exécutif, selon des participants à la réunion à huis clos du bureau du groupe UMP à l'Assemblée. Mouais... valait mieux en effet un huit clos pour éviter de se taper une irradiation néfaste à la santé de notre république, propagée par ces idées étranges venues d’ailleurs... De plus à droite.
«La position de François Fillon est désastreuse sur le terrain», a renchéri Yanick Paternotte (Val-d'Oise). De son côté, le président de la commission de la Défense, Guy Teissier (Bouches-du-Rhône), s'est dit «terriblement choqué» par la position de M. Fillon. «Ce dysfonctionnement est catastrophique», a-t-il lancé. «La seule position tenable est celle qui a été affirmée dimanche soir» par la direction de l'UMP en accord avec le président Nicolas Sarkozy («ni FN, ni front républicain»), a estimé pour sa part Dominique Dord (Savoie).
A l'inverse, selon les mêmes participants, plusieurs députés UMP ont soutenu la position du premier ministre, comme le libéral Marc Laffineur (Maine-et-Loire), proche de Jean-Pierre Raffarin, le centriste Pierre Méhaignerie (Ille-et-Vilaine) et le radical Jean Leonetti (Alpes-Maritimes). Borloo fut largement plus clair, restant dans l’esprit du Radicalisme, en annonçant que même s’il se trouvait bien loin du PS, il privilégierait de voter dans tous les cas contre le FN.
Le NanoPrésident, lorsqu’il décida de conserver la présidence de l’UMP, ne s’attendait sans doute pas à générer lui-même, en autorisant certains de ses ministres à lancer des débats ignobles, une telle cacophonie dans son parti. Mais n’est ce pas un juste retour de bâton dans sa tronche, lui qui durant quatre ans, n’a eu de cesse que de lancer les Français les uns contre les autres, dans toutes occasions.
Ce parti paye aujourd’hui la démesure de ses échecs. Et nous paierons longtemps les politiques malsaines qu’il mis en place pour tenter de garder la tête hors de l’eau.