Scoop assez révélateur de la mentalité de nos Mamamouchis dans Médiapart aujourd’hui : sur demande de l'Elysée, quelques étudiants juifs pratiquants pourront passer les concours d'entrée à des grandes écoles (Mines, Ponts, Centrale et Supélec) pour partie en dehors des sessions normales d'examen. Des sessions secrètes de nuit ont été prévues, avec un confinement préalable des candidats.
Pour les juifs très pratiquants (assez minoritaires en France), un certain nombre d'interdits doivent être respectés lors des fêtes religieuses : on ne se déplace pas, on n'écrit pas, on ne signe pas, on n'allume pas la lumière et, a fortiori… on ne passe pas d'examen.
Pour ne pas placer les étudiants pratiquants devant des dilemmes existentiels, et pour favoriser le bon « vivre ensemble » cher au gouvernement, la France fixe chaque année, par circulaire, les dates des fêtes religieuses : il est alors demandé aux établissements scolaires d'en tenir compte dans le choix des sessions d'examens et de concours.
Haïm Nisenbaum, porte-parole des loubavitchs de Paris, communauté juive ultra-orthodoxe, explique qu'il y a treize journées de fête chaque année pour lesquelles s'appliquent les interdictions. Or, seules cinq ont été retenues par la circulaire gouvernementale, parmi lesquelles ne figurent par les jours théoriquement chômés de la pâque juive.
Manque de bol pour les étudiants, cela tombe en plein concours des Ponts, Mines, Supélec et ENS-Cachan. Alors, selon le Point.fr, le rabbin Haïm Korsia, proche de Nicolas Sarkozy a demandé au président de la République d'intercéder en faveur des étudiants.
Au Crif : « C'est du délire complet »
Mais la faveur pourrait en crisper quelques-uns. L'entorse au principe de la neutralité étatique tombe au plus mal. Débat sur la laïcité, régulièrement rebaptisé « débat sur l'islam », publications de 26 propositions de l'UMP, entrée en vigueur de l'interdiction de porter le voile intégral, etc. Depuis plusieurs semaines, la laïcité n'est pas un sujet facile.
Au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), réaction à chaud d'un permanent, qui n'engage pas la structure :
« C'est du délire complet. Il n'y aucune demande qui a été faite dans ce sens. Mais un aménagement de la sorte, c'est impossible. Dans cette période de débat sur la laïcité, on ne peut imaginer une bêtise pareille. »
Au Conseil du culte musulman : « Deux poids, deux mesures »
Du côté du Conseil français du culte musulman, tiraillé durant le débat sur la laïcité, on a aussi du mal à l'imaginer et on préfère attendre une réaction officielle avant de s'exprimer. Mohammed Moussaoui, le président du CFCM, préfère rester prudent :
« Les aménagements prévus par la circulaire ont été plus ou moins respectés jusqu'à présent. Le fait qu'il y ait une recommandation des pouvoirs publics pour tenir compte des dates de fêtes religieuses me paraît suffisante.
Ensuite, si les écoles n'ont pas le choix, je ne crois pas que ce soit judicieux de faire des démarches supplémentaires. Cela peut être considéré comme deux poids, deux mesures. Mais je crois qu'il est judicieux d'attendre la réaction des pouvoirs publics, ils ne peuvent pas laisser une telle information sans réagir. »
Al-Kanz : « C'est une bombe »
Pour d'autres, l'implication de l'Elysée risque de faire l'effet d'une provocation.
« C'est une bombe », écrit le responsable d'Al-Kanz, un portail internet dédié aux consommateurs musulmans. Le bloggeur, qui revendique « l'accommodement raisonnable », considère que cela tombe très mal pour le gouvernement :
« C'est grave, c'est insultant, on ne peut pas défoncer les musulmans sous prétexte qu'ils videraient la laïcité et faire cela par ailleurs. C'est catastrophique… pour les juifs eux-mêmes. Cela va venir alimenter l'idée de complot, le fait qu'on dise qu'ils ont le bras long.
Et en même temps, pour les musulmans, c'est un soulagement. Depuis le début, on dit qu'on ne veut pas de passe-droit, qu'on n'est pas en train de tester la République et la laïcité. Là, on voit très bien le deux poids, deux mesures. On laisse parler les faits. Qui aujourd'hui peut dire que ce n'était pas un débat sur l'islam ? »
Alors que le chef de l'Etat orchestre une campagne de stigmatisation des immigrés d'origine arabe, l'affaire met en évidence que la défense de la laïcité, avancée pour justifier cette politique, n'est qu'un prétexte.