Sihem Souid risquait gros. A plusieurs reprises, elle a osé briser «L’omerta dans la police», le titre de son livre (Ed du Cherche Midi). En uniforme «par vocation», elle a dénoncé les dysfonctionnements, comme l’on dit poliment. «Je me suis battu en interne. On m’a fait croire que l’on m’avait entendu mais rien n’a changé», explique-t-elle.
Ecœurée, elle a donc décidé d’écrire. Au long des 265 pages, elle raconte le quotidien de la police aux frontières d’Orly. Racisme à l’encontre des passagers («Tiens, encore un avion de nègres» ), humiliation lors des contrôles d’immigration (une femme venant de Brazzaville filmée nue dans une cellule), homophobie, silence de la hiérarchie et corruption du grand patron… Un document accusateur. «Je détiens toutes les preuves et je les tiens à disposition de quiconque», explique l’ex-adjointe de sécurité, suspendue puis réintégrée grâce à la Halde. Interrogés sur son livre, les syndicats de policiers se disent «prudents», l’ancien directeur de la PAF, accusé dans le livre d’être couverts de cadeaux par les compagnies aériennes, réfléchit à porter plainte.
Puis, peu à peu, elle est invité à venir développer son histoire dans les médias. C’est à ces occasions que Le Canard découvre l’ampleur de la catastrophe chez celles et ceux que l’on nommait, il y a encore peu, les Gardiens de la paix. La paix est bien loin. D’autant que ces mêmes “Gardiens” sont les premiers à se plaindre d’une dégradation de leur image alors qu’ils ne font rien pour l’améliorer. L’insulte et l’ostracisme n’ont jamais rien conquis de bon. N’ont jamais rien conquis du tout. D'ailleurs, pourquoi s'étonner de tels débordements quand les exemples viennent d'aussi haut ?
Ce vendredi, le tribunal de Créteil a annulé la procédure pour violation du secret professionnel visant Sihem Souid. Après avoir examiné les exceptions de nullité soulevées par l'un des avocats de l'ex policière de la PAF d'Orly, Me William Bourdon, portant sur les conditions de la garde à vue de sa cliente, le tribunal a jugé la procédure irrégulière.
Soupçonnée d'avoir communiqué à un journaliste des informations confidentielles sur des dispositifs de sécurité aéroportuaire, Mme Souid avait été "sommée" en juin 2009 de se rendre à l'Inspection générale des services (IGS) par sa supérieure hiérarchique.
"Mme Souid ne s'est pas présentée librement dans les locaux de l'IGS, mais sous la contrainte", a statué Xavier Lameyre, le président du tribunal.
"Ce n'est qu'à son arrivée au service de l'IGS que l'officier de police judiciaire lui a notifié ses droits", a-t-il dit, avant de prononcer la nullité de la garde à vue pour "atteintes portées aux droits fondamentaux de Mme Souid".
"Justice m'est rendue. Justice a été rendue. La vérité triomphe toujours", s'est réjouie Sihem Souid, souriante, à la sortie du tribunal.
"Le tribunal a sanctionné le caractère arbitraire de la procédure", a déclaré Me Bourdon, pour qui "l'attitude citoyenne" de Mme Souid "explique l'acharnement contre elle".
Dans "Omerta dans la police" (Editions du Cherche-Midi), Sihem Souid dénonce un climat de racisme et d'homophobie à la police aux frontières (PAF) d'Orly. Les plaintes de cette jeune femme de 30 ans et de cinq de ses anciens collègues ont conduit à la désignation fin décembre d'un juge d'instruction chargé d'enquêter sur des faits de "harcèlement discriminatoire" dans cette unité de police en pointe dans le contrôle de l'immigration.
Aujourd'hui en poste à la préfecture de police de Paris, Mme Souid est par ailleurs suspendue de ses fonctions pour avoir manqué à son obligation de réserve.