Pour la première de la nouvelle émission politique de France 2, David Pujadas avait choisi Marine Le Pen, et ce en dépit des réticences de la CGT-France Télévisions.
Première partie : le face à face de star du 20 h avec la présidente du Front national : avantage petite phrase
Première salve : Marine Le Pen se plaint d’avoir été mise "à la diète médiatique", et se met à réciter ses credos habituels : "nous n’avons pas les puissances de l’argent", se comparant à la tortue de La Fontaine : "partir tôt pour arriver loin".
Puis, David Pujadas revient sur la gestion calamiteuse de certaines municipalités frontistes. "Des erreurs, des indélicatesses" concède l’intéressée, mais "Bompard(ndlr : maire d’Orange) brillamment réélu" insiste-t-elle, "sous l’étiquette UMP" s’empresse de préciser le journaliste.
Marine poursuit : "La France souffre (…) Il est douloureux de la voir enserrée dans un carcan", répond-t-elle à un Pujadas qui doute de son amour pour la France. Quant à l’Afghanistan, "nous n’avons strictement rien à faire", martèle-t-elle, rappelant les "62 jeunes vies sacrifiées".
Deuxième partie : 15 min de Nathalie St Cricq : priorité à la forme plutôt qu’au fond
L’élue d’Hénin-Beaumont est mise face à ses contradictions, des vidéos de 1992 et de 2011 la montrant se plaindre du "malheur" de la chose publique. Elle ne se démonte pas pour autant, assurant avoir "le sentiment d’une mission à accomplir", ajoutant même qu’elle "aurait du mal à être avec quelqu’un qui ne pense pas comme (elle)." Chevilles ou pastèques quand tu nous tiens !
Ses saillies reviennent aussi sec que sèches : "Le laxisme est un grand malheur pour les hommes" ou encore : "Ce qui me blesse, c’est qu’on attaque les Français", mais aussi "Oui, je fais du tir pour me détendre".
Il n’empêche, chassez Jean-Marie le père, M. Le Pen revient au galop. Elle peine en effet, malgré l’insistance de la journaliste, à se différencier de son géniteur. "Jean-Marie Le Pen trouvait l’Etat tentaculaire" alors qu’elle plaide pour un Etat "fort et stratège". Sinon, celui qu’elle n’appelle jamais papa et elle "n’ont pas les mêmes références". Point final, circulez y’a rien à voir.
Troisième partie : François Lenglet, ex de La Tribune, pose enfin les bonnes questions sur l’économie
L’ancien rédacteur en chef du quotidien économique commence par égrener les propositions frontistes, jusqu’au moment où il pose LA question : "Comment allez-vous trouver les 8 milliards d’euros chaque semaine pour financer ces déficits ?" La conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais repart dans son lyrisme : "L’euro est en voie d’extinction. C’est un échec. C’est la zone qui est la plus faible du monde".
L’ex patron de presse enchaîne, comparant l’Hexagone au Royaume-Uni où les données sont deux fois pires. Marine Le Pen se lance dans ses antiennes : "Votre présentation n’est pas correcte !" sans oublier son refrain habituel : "Les chiffres sont biaisés !".
Bref, bien qu’elle se présente comme "la candidate du programme social", elle cite l’ex-président d’Attac ou Christian St-Etienne pour appuyer sa thèse. Or, le journaliste a préparé son entretien, citant aussi le professeur de Paris-Dauphine : "Sortir de l’euro serait suicidaire".
Empêtrée, l’eurodéputée, fidèle au dicton "la meilleure défense c’est l’attaque", riposte : "Ne me faites pas passer pour quelqu’un d’irresponsable ! Je suis quelqu’un de très sage !"
Quatrième partie : le duel contre Cécile Duflot ou l’art de noyer le poisson
La secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts entame violemment la joute, comptabilisant 10 millions de résidents que le FN veut expulser. Piquée au vif, la "bleu Marine" rétorque qu’elle "n’a rien compris" et être "là pour expliquer".
La conseillère francilienne n’est pas en reste : "Assumez vos propositions !", lui lance-t-elle. Rien n’y fait : l’habitante de St Cloud jure "être la seule à proposer une alternative au système", considérant que "l’UMP (lui) court après". Duflot résume assez bien la demoiselle : "Vous avez conservé le ministère de la Parole !"
Quant au nucléaire, c’est comme la finance, elle patauge sévèrement. Sa seule proposition : "investir dans la sécurisation des sites". Combien ? Où ? Comment ? Avec qui ? Rien de cela n’est précisé. Après les deux journalistes qui se sont succédé, la cheffe verte la renvoie à nouveau dans ses buts :"votre engagement s’arrête à un habillage !"
Cinquième & sixième parties : Namias le reporter laissé sans réponse, Fourest et Joffrin les "allumés"
Le chef du service politique rejoint la table rectangulaire. Mademoiselle Le Pen se met à rêver d’Elysée : "Maître Collard ferait un très bon ministre de la Justice". Pourtant, il fait grise mine dans le public. D’ailleurs, aux cantonales, précise-t-elle, "s’ils avaient eu 3 semaines de plus, ils auraient fait 100 élus".
Elle semble toutefois avoir évolué : elle n’est plus pour la peine de mort, mais proposerait un référendum pour choisir entre la perpétuité réelle et la peine de mort. "Je n’exècre pas les gens, j’exècre leur politique", s’emporte-t-elle.
Que dire de l’essayiste Caroline Fourest qui a bien résumé la soirée : "un très beau numéro de voltige" ? Rien, selon Marine Le Pen, puisqu’elle est "un agent du système", et le directeur du Nouvel Obs’ n’est "pas un grand démocrate". Appréciez en effet ce mot à leur égard : "Continuez à laisser les manettes à l’UMP et au PS (opérant) le pillage du peuple par une élite".